Au lendemain de la victoire des Bleus, le réveil est difficile (4h du matin), mais la perspective de passer cette semaine au Ladakh, une région que j’affectionne particulièrement, nous donne des ailes : surtout que cette fois-ci, nous sommes tous les trois en vacances! Et nous allons découvrir ces fameux lacs d’altitude à la frontière indo-tibétaine dont les noms m’ont depuis longtemps fait fantasmer : Pangong, Tso Moriri, Tso Kar…
Le vol depuis Delhi marque le début du voyage : les sommets himalayens comme le Stok Kangri à l’approche de Leh, oasis vert émeraude perdu au milieu d’une plaine aride et désertique, plantent le décor.


Survol du Ladakh

Evidemment, quelques précautions sont à prendre quand on passe en qq min de 0m à 3500m d’altitude:aussi la première journée est à un rythme piano, piano… Seul projet : rencontrer ce soir un groupe de Trekking Italia emmené par notre ami Jean-Marie. Encore un français qu’on rencontre le plus souvent ici en Inde ! On va donc tranquillement passer la journée à flâner dans la ville avec Akhbar, ami de longue date de Gopi…

Le Ladakh est vide, cette année il y a peu de touristes étrangers. Habituellement on entend parler français partout à Leh, pas cette année. En revanche les touristes indiens sont assez nombreux ; ils viennent de tout le pays (surtout Delhi, Penjab et Mumbai) soit en tours organisés en grand nombre ou au contraire en individuel et souvent à moto.

On se promène dans le bazar, se perd dans les petites ruelles. Sorti du centre, l’ambiance est vraiment paisible. On profite d’une température agréable après les grosses chaleurs de Delhi et Varanasi (et même Paris avant de venir !). Ici l’air est très sec, les averses rares …sauf années exceptionnelles.

Le lendemain, le rythme est à peine plus soutenu. On décide malgré une fatigue latente (due à l’altitude ou à mes intestins en vrac ??) de monter en fin d’après-midi comme traditionnellement à Shanti stupa. Un effort mesuré qui favorise aussi l’acclimatation à l’altitude. On y sera pour le coucher de soleil… Malgré deux aller et retour aux toilettes (et quelles toilettes !!! Dignes des plus beaux spécimens du Spiti côté fragrance ! You see what I mean Anne-Marie, Laurence ou Olivier ?), nous profitons de l’endroit toujours serein et apaisant bien que très fréquenté: il faut dire que le point de vue est spectaculaire à quasiment 360 degrés sur la vallée de l’Indus .


Montée à Shanti Stupa


Shanti Stupa

On dinera frugalement et tranquillement à la guest-house pour pouvoir refaire les bagages avant le grand départ de demain.

C’est donc parti pour un safari en Toyota Innova pour 5 jours : notre chauffeur se nomme Phuntsok … Un taiseux qui conduit bien, exactement l’idéal pour moi! Aujourd’hui notre destination est le Pangong Tso. A la sortie de Leh en direction de Choglamsar, on sent une certaine agitation : tous attendent au bord de la route le passage du Dalaï Lama qui rentre de la Nubra aujourd’hui ! Le téléphone » tibeto-indien » fonctionne, on sait que son avion a atterri à Leh. C’est donc une question de minutes ! Nous décidons de l’attendre à l’entrée de sa résidence… Après une vingtaine de minutes, un cortège de grosses voitures se profile : Phuntsok nous dit que Sa Sainteté sera dans la grosse voiture noire. Et en effet, nous allons L’apercevoir, souriant comme toujours et saluant la foule… Il passera à 2-3 mètres à peine mais une poignée de secondes ! Ahhhh ce fut bref mais suffisant pour illuminer notre journée !

Reprenant la route en longeant l’Indus jusqu’à Karu, on passe à proximité des monastères Shey, Thiksay et Hemis sur l’autre rive. On quitte ensuite la voie principale pour emprunter une route qui très vite ne longe plus aucun village. On monte progressivement dans un environnement aride, minéral et pas très accueillant : c’est le problème avec ces paysages du Ladakh qui sous le soleil sont magiques et grandioses mais qui sous un ciel gris peuvent vite devenir oppressants… On monte ainsi jusqu’à un col Changla à plus de 5200m d’altitude. Et là c’est l’ébullition, c’est la foule! Tous les indiens se prennent en selfie à la queue leu leu devant le panneau 5200m, grisés par l’altitude ! Il est déconseillé de rester très longtemps à une telle altitude, on reprend donc la route pour redescendre, un peu… Et par chance, une heure plus tard le temps se lève tandis qu’on arrive à proximité du lac : un lac à perte de vue, plus de 120 km dont seulement un quart se trouve en Inde, le reste étant au Tibet ! Evidemment les photographes ne savent plus où donner de la tête, tant le spectacle est magique, onirique !


Lac Pangong


Nous sommes installés pour la nuit dans un des nombreux camps fixes en face du lac. Très bon dîner, la température baisse histoire de nous rappeler qu’on est quand même à 4200m !

La nuit sera bonne. Pas vraiment de maux de tête pour aucun de nous, tant mieux ! Ce matin par contre, le ciel est couvert : la magie est rompue ; on descend avec moins de regrets…

On reprend donc la route dans l’autre sens, repasse le col Changla et s’arrête avant Karu dans un petit village pour une nuit chez l’habitant. Un endroit très agréable, plus confortable qu’au Spiti les filles ! Notre hôtesse est charmante, une maitresse femme qui en plus de nous accueillir s’occupe des ouvriers qui terminent l’extension de la maison d’hôtes. On apercevra le mari ce soir, assez transparent (ou imbibé d’arak ??). On part ensuite visiter deux monastères à proximité : Chemde d’une part, juché sur une colline rocheuse et Taktak, moins spectaculaire.


Monastère de Chemde

Deux monastères qui auparavant étaient un peu à côté des routes touristiques mais qui sont plus fréquentés désormais depuis que l’accès à Pangong a été autorisé à tous (avec un permis, car nous entrons dans une zone dite sensible, qui a été l’objet d’une guerre en 1962 entre l’Inde et la Chine).

Le lendemain on repart vers la frontière tibétaine dans le Changtang. On laisse la route pour le Tso Moriri que nous prendrons demain et nous dirigeons vers Nyioma, au fin fond du Changtang. Les paysages sont ici juste fabuleux !





Nyoma

Ce soir, on est à nouveau logé chez l’habitant, beaucoup moins bien que la veille : normal, lieu très peu touristique… Les filles qui s’en occupent sont sympas ; en fait on comprend que l’endroit est géré par une association de femmes. La propreté n’est pas géniale… On leur dira gentiment, quand elles comprennent qu’on peut revenir un jour avec un groupe, qu’en l’état on ne peut ramener personne ! Heureusement en route, on trouvera une adresse nickel, pour la prochaine fois !
Comme la veille, le lendemain matin le temps est couvert. Mais cette fois, il va plutôt se dégrader et c’est sous une petite pluie qu’on arrivera au lac Tso Moriri. Evidemment, ce n’est pas l’idéal. Le temps de s’installer confortablement dans un hôtel, le plus beau… l’unique en fait ! Et par miracle, le temps se découvre et là, quel spectacle pour le coucher du soleil !!



Karzok le matin

Le lendemain matin, le soleil se lève (très tôt) et il fait beau ! On a tous les 3 très bien dormi ! On reprend la route et la bifurcation vers le lac Tso Kar, que je connaissais déjà : avec un groupe Nomades Aventure que j’accompagnais en 2008 je crois, nous avions fait le détour sur la route de Leh à Manali. C’est un lac où l’on trouve du sel, d’où les reflets très particuliers…


Lac Tso Kar

On rejoint ensuite Debling sur la « highway » de Leh-Manali, route fantastique que je vais emprunter pour la 19e ou 20e fois, avec toujours autant de plaisir ! Surtout que nous allons changer de chauffeur et de véhicule et rentrer à Manali avec Prem, notre chauffeur fétiche d’Himalayan Frontiers ! Nous saluons Phuntsok qui repart sur Leh qu’il atteindra si tout va bien en début de soirée, après avoir franchi un col à 5300m d’altitude ! De notre côté, nous allons traverser 4 cols, dans des conditions de plus en plus délicates, à mesure que l’on s’approche de zones humides…


Pang entre Leh et Manali

On hésite : passe t on la nuit à Sarchu à 4200m dans un camp fixe, ou alors passe-t-on le col du Baralacha, toujours délicat, et on s’arrête dormir à Jispa ? Bon, allez on tente d’aller le plus loin possible, on trouvera bien un lit quelque part ! Et c’est vrai que maintenant il nous tarde tous de rejoindre Manali as soon as possible !

La traversée se révèlera plus délicate que prévu ! C’est là qu’on apprécie d’avoir un excellent chauffeur, en qui notre confiance est totale ! Dans la montée du Baralacha, des rivières se sont formées au travers de la route : un gros problème pour plusieurs véhicules soient mal équipés, soient inexpérimentés soit… les deux ! Un groupe de 4 étudiants du Cachemire nous ont abordé à Debling pour savoir si on pouvait rejoindre Manali le soir : évidemment que non ! Prem leur a expliqué les conditions, et ils ont décidé de le suivre. Heureusement car ils n’auraient sans lui jamais franchi ce passage très délicat dans leur mini voiture !

On atteindra Jispa vers 21h : la route étant restée bloquée qq heures, on arrive en masse et c’est la ruée dans les hôtels ! Premier hôtel : tiens ! on tombe sur Harish, autre excellent chauffeur… pas de place. Deuxième tentative : c’est bon, non seulement on nous trouve une chambre, mais en plus on est servi comme des rois ! J’apprends que le propriétaire est un ancien montagnard avec qui Gopi a travaillé par le passé. Il refusera même qu’on lui règle le prix de la chambre… L’hospitalité dans l’Himachal et au Lahaul…

Le lendemain matin, le temps est correct : on est tous motivés pour les derniers 150km qu’on mettra quasiment la journée à parcourir, à cause du passage du col du Rohtang, 3995m, le plus bas des cols sur la route de Leh à Manali mais le plus délicat ! Heureusement d’ici un an à peine, un tunnel de 9km en voie d’être terminé, permettra d’éviter ce col terrible et surtout désenclavera le Lahaul.

La route est très difficile car je comprends que le temps a été très pluvieux… Oups! Mauvais signe … De nombreux arrêts, beaucoup de boue… Beaucoup de camions. Comme je plains les nombreux motards, courageux voire inconscients parfois ! Si mal équipés ! Surtout des indiens qui s’imaginent partir en villégiature mais qui ne réalisent pas que cette route franchit les plus hauts cols du monde, et que l’altitude reste l’altitude ! On en a vu certains sans casque et en bermuda !! Un peu comme si tu pars faire le Mont Blanc en claquettes !

Finalement, sans encombre nous arrivons à la maison en fin d’après-midi ! L’un après l’autre nous rencontrons tous les membres de la famille. C’est bien d’être là et de les voir tous… et de poser ses valises pour 4 semaines